Papusza, liseuse de bonne aventure

jeudi, 22 mai 2014 à 17H
Émission "Sur les docks" à la radio France Culture

PAPUSZA, LISEUSE DE BONNE AVENTURE

Un documentaire proposé par Dominique Prusak

Réalisation : Anna Szmuc

Durée : 55 mn

Papusza (la poupée), enfant tzigane aux yeux et cheveux noirs naît en 1908 dans un tabor (un campement nomade) à l’Est de la Pologne situé aujourd’hui en Ukraine. Sa famille appartient au groupe les « polska roma », des itinérants des plaines. Gamine et en cachette, elle apprend à lire et écrire grâce à des enfants éduqués qu’elle alimente en butins divers. C’est une agile voleuse de poules comme le veut la tradition. Très jeune, elle dit la bonne aventure, chante, danse, improvise des épopées... et joue de la harpe comme sa famille musicienne. Regard à la fois rieur et grave, elle possède grâce et joie de vivre. Papusza devient naturellement poétesse. Mais n’en fait pas cas. Dans le ciel, la Grande Ours ressemble à une roulotte de bohémiens. Elle y suit sa bonne étoile malgré les deux mariages successifs qu’on lui impose tandis qu’au loin, de gros nuages de fumée assombrissent l’horizon...

Rescapée des rafles et grands massacres nazis de la seconde guerre mondiale (20 000 Tziganes fusillés en même temps que les Juifs), Papusza échappe aussi aux vengeances ukrainiennes nationalistes et anti-polonaises de cette période. Dans beaucoup de ses poèmes, elle raconte le chaos quotidien de la guerre et elle sublime la forêt qui constitue le refuge instinctif de son peuple. Son bonheur s’appelle Tarzan, le fils adoptif qu’elle élève avec son deuxième mari.

Arrivent les années 50. Papusza est brutalement sédentarisée comme tous les tziganes du pays par les autorités communistes qui appliquent le plan de productivité organisé. Les nomades sont fixés en un lieu et contrôlés pour devenir les ouvriers des grandes usines socialistes. Pour eux, fini vannerie, travail sur la forge ou musique des mariages. A cette époque, un poète polonais rebelle, Jerzy Ficowski, fait publier les nombreux textes de Papusza, découverte et rencontrée en 1949. Ce que n’accepte pas sa communauté. La culture tzigane est fondée sur le refus d’intégration au monde extérieur et défend un système de rites et de secrets qu’il est interdit de transmettre aux étrangers. Papusza est donc bannie par les siens qui la considèrent comme traître. Elle ne s’en remettra pas. Sa correspondance avec le grand poète juif polonais Tuwim et son admission chez les gens de lettres du pays ne la sauvent pas d’une vie de pauvreté et d’isolement. Sans argent car elle refuse, par amour-propre, toute aide extérieure, rejetée par sa communauté tzigane qui la haïe et distille fausses accusations, elle meurt le 8 février 1987 d’une façon misérable dans un taudis. Elle a près de 80 ans.

Aujourd’hui, Papusza et ses poèmes sont complètement réappropriés par les tziganes polonais. Et au-delà, par une population jeune et ouverte issue de la nouvelle société libre et libérale. La réédition de ses textes aiguise les esprits curieux et provoque admiration. Parallèlement, le film « Papusza », récompensé en Pologne et plébicité à travers l’Europe et le monde entier, témoigne aussi de l’intérêt d’un public international pour cette poétesse atypique. Sans doute parce que le destin de Papusza renvoie à l’universel et touche la part émotionnelle que nous partageons tous au plus profond de nous-mêmes.

Avec :

Jean Yves Potel, écrivain et auteur des textes français de Papusza.

Joanna Talewicz-Kwiatowska, tzigane et éditrice de la revue rom, dialog.

Jacek Milewski, professeur de romani.

Adam Bartosz, ethnologue et créateur du musée tzigane de Tarnow.

Magdalena Machowska, universitaire, enseignante de la culture rom.

Lidia Ostalowska, grande reportrice au quotidien „Gazeta Wyborcza”.

Romana Agnel, chorégraphe de danses tziganes.

Jan Kandy Pawluskiewicz, compositeur d’un opéra sur Papusza.

Jowita Budnik, actrice, incarne „Papusza” à l’écran.

Lecture des poèmes de Papusza : Monique Stalens.

Documentaire réalisé en partenariat avec l’Institut Polonais

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4849880

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