Décès du Professeur Władysław Bartoszewski, ancien chef de la diplomatie polonaise

du 28 avril au 10 mai 2015

Le Professeur Władysław Bartoszewski (1922 – 2015), ancien ministre des Affaires étrangères, historien, écrivain, résistant et militant de l’État polonais clandestin pendant l’Occupation, ancien prisonnier du camp de concentration d’Auschwitz est décédé le 24 avril à Varsovie.

Władysław Bartoszewski a été le seul , au cours des 25 dernières années, à diriger à deux reprises la diplomatie polonaise. Sa conception des relations germano-polonaises et polono-juives a imprimé durablement sa marque sur la politique étrangère de la Pologne libre dans ces domaines, comme le souligne l’actuel ministre Grzegorz Schetyna.

Lors du 72e anniversaire de l’Insurrection du ghetto de Varsovie, le 19 avril, cinq jours à peine avant sa mort, Władysław Bartoszewski disait encore devant le monument aux à ses Héros: "Je me souviens de ces terribles journées d’incertitude, de ces tentatives les aider, c’est-à-dire, principalement, de les aider à fuir le ghetto. Mais ces jeunes gens ne voulaient pas fuir, ils voulaient combattre".

Władysław Bartoszewski, entré le 19 fèvrier dernier dans sa 94 année, fut pendant la 2e Guerre mondiale soldat de l’Armée de l’Intérieur (Armia Krajowa) et co-créateur, dans la clandestinité, du Conseil de l’Aide aux Juifs "Żegota”. "Quelqu’un devait bien le faire! Quelqu’un devait bien réagir! Quelqu’un devait bien se dresser contre! Quelqu’un devait bien protester! Moi aussi, je me posais ces questions, seul, et j’y trouvais la réponse: pourquoi pas moi?" – racontait-il dans une de ses interviews.

En tant que membre de "Żegota” il tentait de sauver les Juifs de la déportation vers les camps d’extermination. Il a été lui-même détenu à Auschwitz, pris en septembre 1940 dans une rafle alors qu’il était employé dans l’administration d’un dispensaire de la Croix-rouge. Il en a été libéré après sept mois, probablement suite à une intervention de la Croix-rouge. Engagé dans la Résistance, il prit part à l’Insurrection de Varsovie en 1944 comme adjudant du commandant d’une unité d’information et radio.

Pour ses mérites dans le sauvetage des Juifs, il fut décoré de l’Ordre de la renaissance de la Pologne en 1963 ; la même année il reçut à Yad Vashem le diplôme de "Juste parmi les Nations" au nom de "Żegota" et en 1966 la médaille "Juste parmi les Nations".

Après la guerre, il a coopéré avec la Commission d'enquête sur les crimes allemands en Pologne, à laquelle il a fourni des renseignements de grande utilité. Il a également travaillé comme journaliste et a entrepris des études à la Faculté des sciences humaines de l'Université de Varsovie.

Arrêté par les autorités staliniennes et condamné à cinq ans de prison pour son activité au sein de Armia Krajowa, il a dû interrompre ses études. Revenu à l'université de Varsovie après avoir été libéré de prison, il fut bientôt rayé de la liste des étudiants, et a terminé ses études à l'Université catholique de Lublin. Auteur d'environ 1500 articles de presse et 50 livres, il a poursuivi sa carrière en tant qu'historien. Il a été professeur invité à l'Université de Munich en 1983-84 et1986-88.

Membre de l'opposition démocratique, il a été l'un des premiers militants du mouvement "Solidarność" issu de milieux qui n’étaient pas liés au chantier naval de Gdańsk. Il a été interné dès le 13 Décembre 1981, le jour de la proclamation de la loi martiale, jusqu’en mai 1982. Après la chute du communisme, il a été ambassadeur de la Pologne en Autriche de 1990 à 1995, puis ministre des affaires étrangères en 1995 et en 2000-2001.

Ardent défenseur de la réconciliation germano-polonaise et polono-juive, le professeur Bartoszewski voyait sa patrie comme un pays de paradoxes : "J’ai obtenu mon baccalauréat dans un lycée catholique. Mon condisciple dans les cours universitaires clandestins de littérature polonaise était Tadeusz Gajcy [célèbre poète polonais - ndlr], qui avait obtenu lui-même son diplôme dans un lycée dirigé par les Pères Marianistes en 1939. Il était dans la même classe que Wojciech Jaruzelski".

Le professeur Bartoszewski disait qu’il aimait ses compatriotes, même s’ils le poussaient à la rage. "Si nous continuons à ne clamer que la Pologne, le bon Dieu pourrait bien sortir de derrière le buisson ardent et demander à quoi cette Pologne est-elle censée ressembler" écrivait-il dans le quotidien Rzeczpospolita en novembre 2004.

"La vérité n’est pas au juste milieu – disait-il –, elle est là où elle est" . "Le professeur Bartoszewski a toujours été guidé par une puissante boussole interne qui lui indiquait où est la bonne cause et le juste choix", a déclaré, à l’occasion de son 90e anniversaire, le président Bronisław Komorowski.

Władysław Bartoszewski aimait aussi à dire: "Cela vaut la peine d’être décent". Il a vécu selon cette maxime.

Le ministère des Affaires étrangères rend homage à un grand Polonais et à son ancien supérieur.

Marcin Wojciechowski

porte-parole du Ministère des Affaires étrangères

Photo : Bartosz Krupa/EastNews

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