FIAC - OFFICIELLE 2015

du 21 octobre au 25 octobre 2015
FOIRE D'ART CONTEMPORAIN

Le projet réunit les oeuvres de quelques acteurs clés de la scène artistique polonaise des années 1970 et propose d'observer le renversement des convictions qui s'opère chez ces artistes dans les années qui ont suivi les répressions de mars 1968 en Pologne. La confrontation avec ces événements marque la perte de la foi en la possibilité des artistes de participer à la construction de l'imaginaire collectif, dont la théorie de la Forme Ouverte formulée par leur professeur Oskar Hansen, née des utopies modernistes, demeurait tributaire.

Les oeuvres réalisées dès lors témoignent d'une nouvelle posture existentielle qui redéfinit la place et le rôle de l'artiste dans la société, faisant de ce dernier un observateur engagé. Si la plupart des travaux des artistes datent de près de quarante années, ils ne cessent néanmoins de faire écho aux problèmes auxquels se mesure le monde contemporain, tant en termes de responsabilité individuelle et collective, de libre arbitre, de refoulement ou de violence.

Les collages et sérigraphies réalisés par Kowalski lors de son séjour aux USA en 1970/1971 relatent la crise personnelle que vit l’artiste à cette période, engendrée par le choc du séjour dans le monde libre. De culture catholique, élevé dans un pays communiste, les œuvres de Kowalski de cette époque sont le récit de la scission de l’homme en deux, incapable de retrouver l’unité que ce soit d’un côté ou de l’autre du rideau de fer. Près de trente ans plus tard, c’est encore d’unité dont il est question avec la sculpture l'Arche (2003) où la Bible, le Coran et Torah, sont imbriqués et scellés telle une boîte de Pandore dont on ne voudrait plus voir s’échapper aucuns maux.

Paris rouge (1977), les photomontages d’Elżbieta Cieślar réalisés après que l’artiste ait pris le chemin de l’exil pour la France consignent une expérience d’aliénation semblable à celle de Kowalski outre-Atlantique. Si à première vue les images de cette série partagent la banalité de l’inventaire photographique que tout touriste visitant la capitale ne manque pas de rapporter avec soi, elles s’en distinguent néanmoins par l’obsédante et inquiétante présence de la couleur rouge remarquée par l’artiste dans les lieux publics ou volontairement introduite dans la matière photographique même. Cette persistance rétinienne du rouge peut être lue comme un stigmate de l’idéologie communiste. Paris rouge nous rappelle à quel point l’œil est un canal privilégié de la captation de la pensée.

Dans le cycle des Traces (de la Victoire, de la Liberté et de l’Amitié) réalisé en 1979, Teresa Gierzyńska s’intéresse aux monuments érigés en Pologne communiste. Prenant la forme de planches qui regroupent des cartes postales représentant des sculptures commémoratives, ce cycle associe à la fois l’histoire personnelle de l’artiste formée à la pratique sculpturale une décennie plus tôt et l’histoire de la Pologne après 1945. Les monuments, ces objets sous contrôle idéologique, font dès lors office de lieux d'une mémoire nationale occultée où les victimes du nazisme et du stalinisme notamment ne sont jamais spécifiquement mentionnées.

Avec la Culture destructrice (1977), Wiktor Gutt (en collaboration avec Waldemar Raniszewski) placent le thème du déni dans une perspective plus globale. En mettant sur un plan d’égalité les portraits des déportés d’Auschwitz et ceux de représentants d’autres civilisations trouvés dans les livres d’anthropologie, ils rappellent à notre mémoire que la sauvagerie est aussi présente au cœur de la civilisation occidentale.

Wiktor Gutt (en collaboration avec Waldemar Raniszewski)

La Culture destructrice, 1977

Courtoisie de la galerie Pola Magnetyczne

© Wiktor Gutt

menu