Grand-Mère Tricot

du 20 février au 31 mai 2017

Une petite grand-mère seule au monde arrive un soir au village ; elle a pour tout bagage des aiguilles à tricoter. Mais les portes ne s’ouvrent guère pour l’accueillir. Alors, sans se laisser abattre, maille à l'endroit, maille à l'envers, elle se crée tout un univers : des pantoufles, une bouilloire, un lit, une maison, une fille, un garçon... Les petits sont heureux auprès d’elle jusqu’à la rentrée scolaire : les enfants tricotés ne sont pas acceptés à l’école. Grand-mère Tricot, rebelle, s’en va défendre ses protégés devant les hommes de pouvoir. Hélas, rien n’y fait, au contraire : voilà qu’on cherche à l’exploiter ! Alors tant pis. Infatigable, elle se remet en chemin et s’en va tricoter ses rêves ailleurs.

Marta Ignerska, lauréate des Bologna Ragazzi Award, Grand Prix IBBY, European Design Ed-Awards, a splendidement interprété toute la subtilité de ce conte original. Ses dessins audacieux et grotesques ont immédiatement gagné l'approbation enthousiaste de l'auteur.

Uri Orlev, écrivain israélien d’origine polonaise (lauréat de nombreuses récompenses, dont le prix Hans Christian Andersen, surnommé le petit prix Nobel de littérature) réunit avec délicatesse, dans ce récit drôle et tendre, des questions graves et hors du temps : le dénuement, le rejet, l'injustice. Il y chante aussi la résilience face à la dureté des choses. Sous ces rimes de comptine, toute une histoire se déploie, telle une pelote de laine étroitement enroulée – une histoire complexe, aux mailles variées, à la texture riche, soulevant toutes sortes de souvenirs. Ce n’est pas un conte de fées, plutôt un levain de conte qui se raconte de lui-même dans nos têtes. Une parabole profonde sur nous et l’autre. Pour les enfants ? Assurément. Mais tout autant pour nous, adultes.

Un proverbe yiddish dit : « Les rêves de beignets ne sont pas des beignets ». Mais Grand-Mère Tricot conteste cette sagesse supposée. Au contraire, nous pouvons réaliser, matérialiser, fabriquer nos rêves... Ce texte classique d’Uri Orlev (prix Hans Christian Andersen), aussi triste que gai, semble écrit sur mesure pour notre temps. D’un côté l’exclusion, le racisme, la bêtise politique ; de l’autre, la fantaisie, l’imagination, l’idéalisme. Un livre pour l’éternité, pour les enfants de tous âges. »

Suzie MORGENSTERN

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