Valses

du 24 octobre au 31 aoűt 2018

Frédéric Chopin

Valses

Emmanuelle Swiercz-Lamoure, piano

Valses de tous temps

"Valse" vient de l’allemand "waltzen : danser en cercle" ; or un cercle est défini par 3 points, comme une valse l’est par ses 3 temps : Chopin nous inviterait-il à danser des rondes ? Oui pour certaines, comme la Grande valse brillante (op. 18) ; mais non, la plupart n’y avaient pas vocation, contrairement à celles des Strauss ; ou plutôt si : dans nos rêveries de fêtes romantiques, à la manière de cette nuit étrange du Grand Meaulnes, peut-être ?

Ce halo de contrastes mystérieux m’a séduite pour mener à bien ce projet d’Intégrale, au risque, certes, de n’ajouter qu’une redite à la plus banalisée des oeuvres du plus célèbre des compositeurs pour piano ! A contrario, que Chopin n’en ait publié que 8 de son vivant (sur 15 reconnues au XIXe siècle, et au moins une vingtaine aujourd’hui) interpelle toujours sur ses intentions : par exemple, la valse de la piste 19 de ce disque, en la mineur, serait-elle sa vraie dernière, composée vers 1848, publiée en 1955 seulement ? Poignante comme un arc-en-ciel à travers une larme…

Autres contrastes : l’alternance de gaieté et de mélancolie ; la chronologie, aussi : à la fois pièces d’adolescence – la première remonterait à ses 14 ans – et de pleine maturité – les dernières publiées par lui-même (op. 64) sont composées un an après sa rupture d’avec George Sand, donc au seuil de la mort ; leur niveau technique, encore : du très abordable pour jeune élève (op. 70 n° 2), à la plus exigeante virtuosité (op. 34 n° 1) ; leur audience, enfin : écrites la plupart pour l’élite sophistiquée des salons aristocratiques du Paris des années 1830 et 1840, elles sont devenues la partition fétiche des pianistes amateurs du monde contemporain !

Comme ils sont brefs, les thèmes s’offrent souvent en refrains multiples, qui encouragent des lectures… contrastées ! Jouons la Valse en do # mineur (op. 64 n° 2), selon moi l’une des plus abouties : le mouvement tourbillonnant peut être interprété presto ou plus lentement, faire plus ou moins ressortir le chant chromatique du pouce mitoyen… exposant ainsi une même construction à des éclairages changeants : tel Monet avec sa fameuse cathédrale, lumineuse ou ombragée.

J’aimerais vous faire aimer ce genre sans grandiloquence, qui est aux Ballades ou aux Sonates ce que sont un court métrage à un film, une nouvelle à un roman, une miniature à une fresque : des sonorités exquises qui révèlent des bijoux, des saveurs, des couleurs de chefs-d’oeuvre. Reflets authentiques de l’éternel génie de Chopin.

Emmanuelle Swiercz-Lamoure

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